jeudi 26 février 2015

Peinture américaine 2 - L'Amérique sous l'emprise de l'impressionnisme (1880 et 1890) : Mary Cassatt et son influence

Mon deuxième cours sur la Peinture américaine portait principalement sur Mary Cassatt qui a joué un rôle important dans la peinture impressionniste. Nous allons comprendre pourquoi les américains sont toujours aussi attirés par ce mouvement en lisant ces quelques extraits tirés du résumé de notre conférencière Dominique Dupuis-Labbé :

Mary Cassatt est l’exemple même de cette génération de peintres attirée par les découvertes et les audaces des français. Née en 1844 à Alleghany (Pennsylvanie), Mary Cassatt vit dans une famille aisée qui l’autorise à suivre des études artistiques à l’Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie, à Philadelphie, de 1864 à 1866.
Après des voyages en Italie, Espagne, Belgique et Pays-Bas, Mary Cassatt s’installe à Paris en 1874, l’année même de la 1ère exposition impressionniste chez Nadar. Elle qui n’avait pu entrer aux Beaux-Arts à Paris, car elle était une femme, est immédiatement interessée par ceux qui, comme elle, sont en marge du système officiel : "Je savais qui étaient mes vrais maîtres. J’admirais Monet, Courbet et Degas. Je détestais l’art conventionnel. Je commençais à vivre ".
Mary Cassatt jouissait de l’estime réelle de Degas, et, de son côté, elle lui vouait une admiration enthousiaste et multipliait les efforts pour le faire connaître de ses amis américains. Degas acheta des oeuvres de Mary Cassatt et, en particulier, La Fillette se coiffant, 1886, National Gallery of Art, Washington, une des plus saisissantes peintures de la jeune femme qui s’éloigne de la réputation de mièvrerie qu’on lui fait parfois.

La fillette se coiffant
Mary Cassatt aime l’aspect moderne et quotidien de l’estampe japonaise, les compositions inhabituelles, les aplats de couleur, la ligne élégante. A partir de 1890, elle consacre une série de gravures à la vie quotidienne des femmes : toilette, habillage, enfants, rencontres entre amies. (Le Thé l’après-midi, 1890-1891, Musée des Beaux-Arts, Boston, et La Toilette, 1890-1894, Brooklyn Museum of Art, New York)
Le thé l'après-midi
La toilette
Dans la peinture, et très tôt, elle déploie un style proche de celui de ses amis impressionnistes; on remarque l’influence de Degas dans l’oeuvre intitulée Dans la loge, 1879, musée des Beaux-Arts de Boston, par la mise en page, la construction solide de la toile, l’usage du noir et les relations subtiles entre les personnages, en particulier, celui qui observe non le spectacle mais les autres spectateurs avec ses jumelles.

Dans la loge
L’un des modèles favoris de Mary Cassatt est sa soeur Lydia Cassatt. Cette dernière se mourait de la maladie de Bright, insuffisance rénale chronique, et son beau visage mélancolique hante les oeuvres du peintre : Portrait de Lydia Cassatt ou L’Automne, 1880, musée du Petit-Palais, Paris, et Une Femme et sa fille conduisant, 1881, Philadelphia Museum of Art.
Portrait de Lydia Cassatt ou l'Automne
Tout ce que Mary Cassatt a pu apprendre de Courbet, Manet et Degas se révèle ici dans une oeuvre aux lignes complexes rythmant une composition dans laquelle l’attention est portée sur les deux personnages féminins vus au Bois de Boulogne, l’homme étant quasiment hors champ, tournant le dos, séparation accentuée par la diagonale du dossier. Le couple mère/enfant est l’un des thèmes favoris de Mary Cassatt, restée célibataire et à laquelle on n’a connu aucune liaison, mais qui se plaît à représenter les diverses manifestations de l’amour maternel sans aucune mièvrerie.
Une femme et sa fille conduisant
L’une des oeuvres les plus réussies sur ce thème est Mère s’apprêtant à laver son enfant endormi, 1880, Los Angeles County Museum of Art. La toile fut présentée à la 6ème exposition impressionniste en 1881. L’oeuvre est la première dédiée au thème de la maternité dans l’intimité de la vie quotidienne, elle célèbre la relation femme/enfant, la force et la tendresse de cette relation, le coeur de l’oeuvre réside dans le regard échangé entre la mère, la main déjà plongée dans la bassine pleine d’eau, et l’enfant endormi au visage rougi.

Mère s'apprêtant à laver son enfant endormi
Nous avons ici une vision contemporaine de la Madone à l’enfant. Remarquons que les scènes de tendresse entre mère et enfant tournent souvent autour du thème du bain : La Toilette de l’enfant ou Le Bain, 1891-1892, Art Institute, Chicago, Le Bain, 1910, musée du Petit-Palais, Paris. L’eau, source de vie, équivalent du liquide amniotique, ponctue l’oeuvre de Cassatt.
La toilette de l'enfant ou le bain
Le bain
Il existe cependant des portraits d’enfants seuls, Ellen Mary au manteau blanc, v.1896, musée des Beaux-Arts de Boston, qui est sa nièce, toute petite fille de deux ans perdue dans son manteau blanc,

Ellen Mary au manteau blanc
Le chef-d’oeuvre de Mary Cassatt reste En bateau, 1893-1894, National Gallery of Art, Washington.

En bateau
Mary Cassatt, profondément attachée à son pays natal, et fière d’appartenir à une famille patricienne de Philadelphie, s’appliqua à faire acheter par sa famille, particulièrement par son frère Alexander J.Cassatt, président des Chemin de fer de Pennsylvanie, et par ses amis, parmi lesquels les Havenmeyer, les Stillman, les Whittemore, les oeuvres des impressionnistes français.
Child in a straw hat
(National Gallery of Art Washington)
Children playing on the beach
(National Gallery of Art Washington)

Les américains commencent donc à adopter l’Impressionnisme français dans les années 1886-1887, grâce à l’action de Mary Cassatt et à celle de Paul Durand-Ruel qui organisa avec James Sutton une importante exposition impressionniste à Madison Square en 1886 et à la la National Academy of Design en 1887.
"Sans l’Amérique, j’étais perdu, ruiné pour avoir acheté tant de Monet et de Renoir. Les deux expositions que j’ai organisées là-bas, en 1886 et 1887, m’ont sauvé. Le public américain n’est pas railleur, il achète, modérément c’est vrai…Depuis, comme chacun sait, le public français a suivi le mouvement ".
A l’exposition universelle de Chicago, que Theodore Robinson représente en 1894, collection particulière, les peintres américains témoignent de leur adoption du style impressionniste, peinture de plein air aux couleurs claires, qui devient alors très populaire. L’un des initiateurs de l’Impressionnisme américain fut John Singer Sargent, parti pour Venise entre 1880 et 1882. En 1883, déjà, pour remercier la France du don de la Statue de la Liberté, de Frédéric-Auguste Bartholdi, une exposition avait été organisée par William Merrit Chase et James Caroll Beckwith pour montrer ce qui se faisait de mieux en Europe. Les organisateurs avaient montré 194 oeuvres de 70 artistes issus des divers courants artistiques et, surprise, la critique réagit très favorablement. En 1886, la partie est définitivement gagnée avec l’exposition de l’American Art Association qui, avec l’aide de Durand-Ruel, présente 23 Degas, 17 Manet, 48 Monet, 42 Pissarro, 38 Renoir, 15 Sisley et 3 Seurat.


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